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Published on octobre 13th, 2012 | by La rédaction

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Parlez moi d’Afrique …

Cette année, l’Afrique est la grande absente des reportages sélectionnés au Prix Bayeux. Si l’an passé, la valse présidentielle ivoirienne, les élections au Sénégal et l’approche de celles de République démocratique du Congo avaient capté l’attention de quelques reporters, la récolte est maigre en 2012. Une poignée de documents sur le sud-Soudan et sa toute nouvelle indépendance ainsi qu’un reportage sur le Sénégal.

 

L’Afrique et ses couleurs oubliées ? Pas tout à fait : au moins un documentaire illustre la volonté des journalistes de continuer de raconter les histoires de ce continent. Jeudi soir, c’est la Somalie qui est mise à l’honneur grâce au reportage « Somalie : l’air de la paix ». Thomas Dandois, le réalisateur, s’est rendu cinq fois dans ce pays et continue de regretter le manque d’intérêt que lui accordent les médias : « Depuis le traumatisme de 1993, où des GI américains ont été tués à Mogadiscio, le monde a détourné les yeux de la Somalie et on a laissé le pays s’enfoncer dans une spirale infernale qui fait que nous avons aujourd’hui du terrorisme et des pirates ».

 

Ce cinquième voyage en Somalie est une vraie découverte :« Il y a un début de paix. Mogadiscio quitte l’anarchie. La ville et ses habitants redécouvrent la sécurité, les commissariats ouvrent et il y a même des lampadaires, dans une ville qui a passé 20 ans dans les ténèbres ! ». Ces images étonnantes prouvent à Thomas Dandois l’intérêt de sa démarche : « Quand on peut raconter autre chose que l’horreur absolue, il faut saisir l’occasion ».

 

Le journaliste lui-même semble étonné de ces signes d’un avenir possible. Dans son documentaire, on découvre effectivement cette lumière qui donne naissance à une vie nocturne, l’arrivée de touristes impromptus, le retour d’émigrés inespérés et l’émergence d’une micro-économie synonyme d’espoir. D’autres journalistes admettent être intrigués par ces images. Dans le débat qui suit la projection du film, Jean-Marc Mojon, de l’AFP, remarque ainsi les nombreux endroits devant lesquels il est passé en voiture sans jamais pouvoir s’y arrêter. Un optimisme modéré par la persistence de violences quotidiennes. Les personnages enthousiastes interviewés dans le reportage par Thomas Dandois ont subit ces derniers jours de nouveaux attentats, reconnaît le journaliste.

 

Raconter ce que personne ne raconte

 

« Mon goût pour l’Afrique vient des gens, raconte Thomas Dandois. Vous pouvez vous retrouver dans les situations les plus critiques et souvent, la clef, c’est l’humour. J’ai échappé comme cela à un guérilléro qui m’avait mis un couteau sous la gorge : je l’ai fait rire et ca m’a sauvé. » Le rapport à la vie que décrit le reporter le motive à continuer de se concentrer sur ces pays. Sans se déclarer amoureux de l’Afrique, James Keogh s’est rendu à plusieurs reprises sur ce continent. Le photographe, sélectionné dans la catégorie Jeune reporter avec un sujet sur le sud-Soudan, dit craindre l’oubli : « L’acceil plutôt froid des rédactions ne présageait rien de bon », « l’histoire des personnes qui me confient leurs témoignages m’impose une responsabilité … les transmettre sans qu’ils ne tombent dans l’oubli ».

 

« J’ai toujours eu un goût pour parler des endroits dont on ne parle pas », admet Thomas Dandois. Pas toujours facile de convaincre les rédactions : la Somalie, c’est loin et c’est oublié de la communauté internationale. Pourtant, remarque le reporter, le public est au rendez-vous et pose des questions particulièrement pertinentes. « Une bonne raison de continuer d’y aller et de parler de ces endroits ! », conclut le journaliste. Même témoignage chez James Keogh, qui était conscient au moment du départ que « la France ne partageant pas un passsé historiquement fort avec le Soudan », il serait difficile de convaincre les décideurs.

 

L’Afrique, ses paysages, ses habitants, ses histoires en font un lieu de reportage par excellence. Longtemps continent oublié et ravagé par des guerres et des conflits dont les enjeux échappent au grand public, l’Afrique pourrait commencer à aller mieux. Le renouveau économique change : on peut rapporter autre chose de cette multitude de pays et de culture que des récits de misère.

Romain Mielcarek – ActuDefense

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