Bayeux parraine Ricardo González
Ricardo González est directeur de la société Manuel Márquez Sterling, directeur du bimestriel De Cuba et correspondant de Reporters sans Frontières.
Il a été arrêté le 18 mars 2003, lors de la vague de répression sans précédent lancée par le gouvernement cubain. Jugé le 4 avril avec son ami, le poète et journaliste Raúl Rivero, il est condamné à 20 ans de prison, au terme d’un procès expéditif. Parmi les huit témoins à charge, des voisins et deux journalistes dissidents reconnus, qui se sont révélés être des agents de la sécurité infiltrés dans l’opposition. Ricardo González est accusé d’être un "agent" travaillant pour la Section des intérêts américains. Sa conduite est jugée "dangereuse" par le tribunal, qui insiste sur le caractère "exemplaire" des peines prononcées contre lui et Raúl Rivero. "Ce procès fut un cirque. Tout était dit d’avance" a commenté la femme de Raúl Rivero, Blanca Reyes, présente au procès.
Ancien journaliste de la télévision officielle, où il s’occupait des émissions pour enfants, Ricardo González rejoint, en 1995, l’agence indépendante Cuba Press. Correspondant de Reporters sans frontières à La Havane depuis 1998, il informe chaque semaine l’organisation sur les atteintes à la liberté de la presse dans l’île.
Il fonde en mai 2001 la société Manuel Márquez Sterling avec Raúl Rivero pour former les journalistes indépendants, souvent autodidactes. Cette démarche prend le contre-pied des autorités qui s’évertuent à les discréditer en répétant que ces journalistes "n’ont pas de diplômes".
En décembre 2002, il se lance avec ses collègues dans la publication du bimensuel De Cuba. La revue aborde des sujets ignorés par la presse officielle, tels que le racisme à Cuba ou le projet Varela, une campagne ayant recueilli plus de 11 000 signatures sur l’île pour réclamer des changements démocratiques par la voie constitutionnelle. Tiré à 250 exemplaires, le premier numéro est distribué dans le réseau de librairies indépendantes qui ont surgi dans l’île. C’est la première fois que des journalistes indépendants, jusqu’alors réduits à envoyer leurs articles à l’étranger, tentent de rompre le monopole de l’information imposé aux Cubains par le Parti communiste.
Aujourd’hui, contraint de se taire, détenu à Camagüey dans une prison située à plus de 500 kilomètres de La Havane où réside sa famille, Ricardo González ne se plaint pas. "Ils m’ont enfermé avec mon optimisme", confie-t-il à sa femme, Alida Viso Bello, en juin 2003.