Fort comme la guerre, doux comme la paix
Nicole Tung

© Nicole Tung

Du 7 octobre au 3 novembre

Comment représenter ce moment de transition, entre la fin d’un conflit et le retour à la vie « normale » ? Ces images font partie d’un projet en cours traitant des séquelles laissées par l’EI en Irak et en Syrie. Le projet se penche sur les conséquences des conflits qui remodèlent constamment la démographie, la société et les vies des personnes qui subissent cette guerre, apparemment sans fin. Il est nécessaire d’explorer cette question et de s’interroger sur la manière dont les graines de la discorde (peut-être une autre guerre future) sont semées. Il est tout aussi nécessaire d’effectuer ce travail afin de documenter les vies de ceux qui essaient de s’en sortir, malgré les difficultés de leurs conditions de vie actuelles.
Mossoul et Raqqa ont été les capitales du califat autoproclamé de l’EI, de 2014 à 2017. Cette année-là, le groupe extrémiste, qui gouvernait sous un régime meurtrier dirigé par Abou Bakr Al-Baghdadi, a finalement été chassé de Raqqa, en Syrie.
Ces conflits ont causé des milliers de victimes civiles, tuées par l’EI ou par les frappes aériennes de la coalition, et ont laissé derrière eux des munitions non explosées, des fosses communes et la destruction massive de zones urbaines. Les retombées humanitaires ont été catastrophiques. Des centaines de milliers de personnes sont encore aujourd’hui déplacées à l’intérieur de leur propre pays, ou exilées.
La guerre contre l’EI est le symptôme d’un contexte historique beaucoup plus large et qui remonte à bien plus longtemps, dans lequel les divisions intercommunautaires n’ont cessé de se creuser : à commencer par l’invasion américaine de l’Irak en 2003 et par le début du conflit syrien en 2011. Les raisons derrière les conflits qui ont rongé ces deux pays sont bien différentes, mais les résultats sont souvent les mêmes : ce sont les civils qui en sont les premières victimes.
Avec une aide limitée des pays étrangers pour participer à la reconstruction de ces deux villes, les civils ont décidé de gouverner par eux-mêmes et de remettre en place les programmes de travaux publics (eau, électricité, enseignement), ou de trouver l’argent nécessaire pour rouvrir leurs magasins et gagner à nouveau leur vie. Quelques mois à peine après que le gouvernement irakien a libéré Mossoul du joug de l’EI, la vie quotidienne semble avoir repris dans les marchés et les maisons, au milieu d’un paysage dévasté de décombres et de poussière. Des enfants et des femmes, ne portant plus les niqabs rendus obligatoires par l’EI, fréquentent un parc d’attraction au bord du Tigre, les hommes jouent au football, s’assoient dans un café pour fumer, ou jouent au billard dans une salle d’arcade. Toutes ces activités étaient interdites et passibles de la peine de mort sous le gouvernement de l’EI. De l’autre côté de la rivière, dans la vieille ville de Mossoul, des civils visitent leurs maisons détruites et fouillent les décombres à la recherche de proches, ou d’objets qu’ils peuvent récupérer. On retrouve les mêmes scènes à Raqqa, et pourtant, malgré la volonté d’aller de l’avant, un certain stoïcisme et une certaine colère persistent chez ceux qui ont tout perdu : si la reconstruction ne se fait pas rapidement, et si les gens ne trouvent pas un emploi ou un toit, le futur n’annonce rien de mieux.


Musée d’Art et d’Histoire Baron Gérard
37, rue du Bienvenue
Ouvert tous les jours de 10 à 12h30 et de 14h à 18h

Entrée libre

Cette exposition est réalisée avec le soutien
de The First Alliance Foundation

octobre 7 @ 10:00

10:00

– 11:00

(1h)

Musée d’Art et d’Histoire Baron Gérard